Jour 9 :
Dans le programme Terres D’aventure, cette journée est marquée comme une journée de transition. C’est donc option repos ou randonnée tranquille.
Le groupe a accepté la proposition de Jérôme de faire la randonnée de La Chapelle.
Bon, franchement, cette journée ne restera pas dans les mémoires ou, à tout le moins, dans ma mémoire.
Pour accéder aux fameux rochers qui forment donc La Chapelle, de nombreuses traversées d’eau comme j’aime (pas) jusqu’à la rivière Le Bras Rouge, où nous nous posons pour le pique nique.
5km de marche et une allure d’escargot car le guide s’est calé sur celle des plus lents alors que, d’habitude, il nous laisse filer en nous indiquant les points de ralliement.
Il aurait pu y avoir un peu de sport en marchant jusqu’à la gorge mais Jérôme ne le vend pas très bien en faisant paraître l’exercice comme très compliqué. Seuls deux le suivent. Il s’avérera qu’en discutant avec des « revenants », ce n’était en fait franchement pas la mer à boire…
On a side note, j’ai croisé un collègue de travail sur la route. A very small world.
Aux sons de la rivière, nous partageons un pique nique à base d’Achard de coco et de cake grain de chia / coco.









Vers 13h30, nous nous remettons en route. Et cette fois, Jérôme nous laisse partir devant. Enfin un peu de sport et de sueur ! Bon, j’arrive à glisser deux fois en traversant des tronçons de rivière, les chaussures sont trempées. La gore tex n’aura rien changé !
De retour dans le cœur de ville, nous nous installons pour boire un verre. À peine posés sous le parasol que la pluie et le froid se mettent à tomber.
Au retour au gîte, il est temps de préparer à nouveau les sacs car nous repartons en itinérance pour deux jours.
Toujours un dilemme pour moi entre ne pas trop prendre pour que ce ne soit pas trop lourd en marchant et ne rien oublier.
À 19h, un nouveau festin maison nous attend !
En apéro des beignets, en entrée une tarte de bredes (feuilles) de patate douce / saumon et en plat de résistance : riz / rougail chouchou morue / rougail saucisses. Et cerise sur le gâteau : un cheesecake à la framboise à tomber.
Après cela, une marche digestive s’impose. Le groupe se sépare entre ceux qui vont boire un verre chez Jérôme (il habite Cilaos) et les autres qui partent marcher en ville dont je fais partie !
La soirée se termine sur un instant infusion à trois.










Distance parcourue : 10,40 km
Jour 10 :
Ce matin, on commence par du van. On emprunte la route des 400 virages, 28km de lacets serrés entre les communes de Cilaos et de L’Entre Deux.
On s’y arrête pour les courses du pique nique.
Cette virée automobile permet de voir les routes en reconstruction suite au passage du cyclone en janvier dernier.
Sans surprise, les chaussures n’ont pas séché. Je profite du soleil qui tape pour les poser sur le tableau de bord.
Quand on arrive au départ du sentier à La Chapelle vers 11h, elles sont quasi sèches, mes petons apprécient !





Nous empruntons le sentier Bœuf – La Chapelle. C’est forcément pentu sans être trop dur. En revanche, ça patine car le sol est plus argileux, il a plu pendant la nuit et donc c’est la gadoue !
Au-delà du fait que je suis contente d’avoir retrouvé des chaussures sèches, je suis aussi contente qu’elles soient neuves car l’adhérence est maximale.
Par ailleurs, je n’avais jamais utilisé de bâtons dans les treks précédents, là c’était fortement recommandé par l’agence et je ne regrette pas. Chaque jour, ils ont bien aidé à la poussée et aujourd’hui, ça évite de trop glisser.
D’autant que le premier qui se retrouve sur les fesses paye sa tournée de Dodo ce soir.
Au bout de quelque 5 kilomètres, nous observons la rampe de lancement des deltaplanes sous les nuages. Avant de nous poser pour le pique nique à Camp Marron, du nom des esclaves qui s’échappaient, perché à 1780m.
Une mini sieste au soleil puis nous filons vers le point de vue du Dimitile qui nous permet d’observer le massif du Piton des Neiges. On est vraiment monté sacrément haut vendredi !
Nous sommes désormais dans le massif du Dimitile. La route vers le gîte du soir nous refait passer devant la rampe de lancement deltaplanes, complètement dégagée cette fois.










Un peu avant 16h, nous découvrons la Ti Case Gilbert, planquée dans la forêt et animée par François. Plutôt cohérent pour un ancien garde forestier.
Les filles ont décidé de se mettre en cuisine pour préparer le repas de ce soir.
Pour ma part, je file à la douche. Il y en a une seule (et un seul toilette) pour tout le gite. De plus, il faut faire rapide car le massif de Dimitile n’est pas alimenté en eau. Rapide mais efficace.
On passe ensuite le temps avec des parties de Scrabble, regarder le coucher de soleil, etc.
Rapidement, la musique se met en route et on tarde à dîner. Avec Régis, on fait un peu nos gourmands en allant remplir nos vannes (assiettes) pour donner envie aux autres de nous imiter. Bon, ça prend un peu de temps à les inspirer mais au final on est tous installés.
Après l’apéro composé de bouchons poulet, nous dégustons riz / rougail saucisses / haricots rouges / bichiques / frites de chouchou.
En dessert, banane (blanche) flambée au feu de bois sucre chocolat. Et c’est moi qui les ai préparées !
Jérôme est à fond sur le dancefloor et arrive même à me faire danser. Notamment le sega, une danse créole.
Malgré l’ambiance endiablée, il fait frais dans la salle plantée à 1700m d’altitude. Et demain, le réveil sera matinal. Alors nous ne tardons pas à nous réfugier sous les couvertures – trois dans mon cas.












Distance parcourue : 9,55 km
600 D+
Jour 11 :
À 5h30, Jérôme nous sort du lit. Finalement, il ne fait pas trop froid. Il faut surtout gérer les embouteillages quand tu disposes d’un toilette / d’un lavabo (bien sûr, tout au même endroit) pour 9.
Vers 6h30, on se met en route. Il y a quelques pentes raides mais je pense qu’on s’habitue car ça ne fait plus aussi mal. Surtout, on fait tellement de pauses… pas vraiment le temps de fatiguer.
La particularité du jour : la descente ou la montée d’échelles. 14 en tout. Jérôme m’avait un peu faite flipper quand il avait présenté l’exercice mais finalement c’est passé crème. La première qui plonge de 15m est impressionnante mais en prenant bien son temps, tout va bien.
J’ai trouvé plus ardue la descente à pic qui a suivi, recouverte de plein de cailloux ultra glissants. Les mains et les fesses ont constitué des alliées utiles.
Juste dommage que sur le chemin, le crachin nous a trouvés, on ne voit pas grand chose et ça rafraîchit sacrément l’atmosphère.
Finalement, vers 11h15 on se pose à La Mare pour le déjeuner. Apparemment, après, il n’y aura que de la boue, ça promet !













Et en effet, la suite a été une descente aux enfers. Des cailloux, de la boue, une attention nécessaire de tous les instants pour ne pas glisser ou se fouler une cheville.
Avant le déjeuner, mon tibia avait ripé sur une branche de bois. J’avais désinfecté et je pensais que c’était bon mais en fait, une douleur se déclenche de plus en plus fortement au fur et à mesure de la marche. Lors d’une pause, je regarde, j’ai un hématome qui s’est développé.
Ça + la difficulté du terrain rendent l’excursion encore plus compliquée. Pour ma part, je ne prends aucun plaisir. Contrairement à mes treks en Slovénie ou au Pérou où j’avais le sentiment de trekker pour découvrir, là j’ai l’impression de simplement trekker pour trekker, pour aller d’un point À à un point B. Car on ne voit rien à part de la boue et des cailloux. Oui, je sais je me répète mais la seconde partie de la randonnée a duré trois heures alors croyez-moi, ça en fait du marron !
À un moment de l’après-midi, on a basculé du massif du Piton des neiges à celui de la Fournaise. Ne me demandez pas où précisément. Tout ce que je sais c’est qu’il y avait de la boue avant et encore de la boue après !
Tout comme, à un moment, le soleil est revenu. Quand ? Aucune idée. Mais on s’est tous mis à sacrément transpirer !
Vers 16h30, nous touchons enfin le point d’arrivée, la mare à boue of course au cœur de la plaine des Cafres.
Le carré de Crunch, même au chocolat noir, servi par Jérôme fait un bien fou !
Cette fois, pas de finition sur bitume, un taxi nous récupère pour le dernier tronçon.
Onze minutes plus tard, nous nous installons au gîte du Piton Mahot chez Annie et Jean Raymond. Après cette journée harassante, je craignais l’effet dortoir mais non. Pour cette fois, chambre à deux. Par contre, une douche pour 8. Orléane démarre et les autres ne semblant pas presser, je me glisse en deuxième après avoir fait mes étirements.
Mauvaise nouvelle du soir : nous devons finalement repartir en itinérance pour deux jours donc, à nouveau, un sac à préparer. Je m’y attelle en attendant le repas de 19h.
La salle est plutôt bruyante, avec un autre groupe à côté.
Et ce n’est clairement pas le meilleur repas du séjour. Je mets de côté le gratin chouchou qui était excellent, côté plat le riz était archi sec, le chouchou saucisse n’était pas un régal, la sardine sauve l’ensemble. Heureusement le gâteau coco / banane est plutôt très bon.
J’ai toujours très mal au niveau de mon tibia. Jérôme et Régis misent sur une periostite…
Vraiment, j’aurais dû me douter que la chute de mon bonnet dans la cuvette des toilettes le matin n’était pas de bon augure…









800 D+
800 D-
Distance parcourue : 17,35 km
Distance totale massif Dimitile : 26,9 km
Jour 12 :
La journée démarre doucement avec un départ à 8h30.
Les bas de contention portés pendant la nuit n’ont pas vraiment amélioré la situation de mon tibia et la douleur est toujours bien présente.
Jérôme m’a fait un strapping, il va falloir serrer les dents car la distance à parcourir est longue (24km).
Heureusement, le début n’est pas trop compliqué avec 5km de bitume puis du sentier « gentil » – cela reste gentil façon Réunion quand même – et quelques cailloux pas trop teigneux pour une fois.
Et de façon surprenante, j’ai plus mal sur le plat qu’en montant ou en descendant.
Côté météo, il fait plutôt bon avec un joli soleil quand le crachin ne vient pas nous embêter.
Avant le déjeuner, nous traversons le sentier forestier de Pin sec puis Nez de Bœuf avant de déguster une délicieuse salade de pâtes made in Jean Raymond au Piton Textor.






Après de la boue à perte de vue hier, place aux roches à perte de vue ! En même temps, pour un massif volcanique, c’est cohérent.
Nos pas nous conduisent vers l’oratoire St Thérèse, La Plaine des Sables et, enfin, le Pas de Bellecombe où se situe notre gîte du soir.
Le tibia a bien tenu mais certains passages ont été compliqués. Heureusement, le parcours était un peu fingers in the nose comparé aux derniers jours.
Nous avons marché sous un beau soleil, toutefois dans la plaine des sables à 2100m, le vent froid a bien fouetté les visages. Surtout quand nous devons patienter pendant que Jérôme s’improvise producteur de films avec son drone.
Le gîte est immense mais compte seulement deux douches. Je me prépare donc à patienter mais, coup de chance, une douche se libère pile quand je descends. Je m’y précipite.
Chacun passe le temps comme il veut en attendant le rdv de 18h pour le dernier brief traditionnel du lendemain ou, comme dirait Jérôme, « la causée ».
Nous discutons autour d’un Ti Punch jusqu’à ce que les cuisines nous disent que le repas est ouvert.
Une délicieuse soupe de légumes en guise d’entrée, riz cari espadon lentilles en plat de résistance et un gâteau Ti Son pour finir.
Il ne fait pas chaud chaud dans le refuge, le repas a fait du bien.
On a pris de jolies couleurs aussi. Ça fait chauffer les yeux et ça donne envie de dormir.













Distance parcourue : 19,20 km
700 D+ 700 D-
Jour 13 :
Au réveil, le tibia fait toujours mal mais pas plus qu’hier alors je suis plutôt confiante.
D’autant que Jérôme nous a dit hier soir que c’était une journée facile avec pas plus de 6km AR.
Et la marmotte…
Au final, nous marcherons 11 km AR pour atteindre le sommet du Piton de la Fournaise et redescendre.
Dans des conditions dantesques : crachin, froid, bourrasques de vent qui font perdre les appuis.
Au fur et à mesure, la douleur augmente, je serre les dents.
Je n’en peux plus des roches volcaniques et des marques blanches peintes dessus qui tracent notre route.
Je pousse un gros ouf de soulagement quand vers 11h, nous sommes en haut et surplombons le cratère formé en 2007.
Mais c’est qu’il reste à tout redescendre. Je songe subrepticement à feindre un malaise pour être évacuée en hélicoptère…
La pause déjeuner au creux d’un rocher à l’abri du vent (enfin presque) m’offre un peu de répit.













Mais la dernière 1h30 sera un véritable supplice. Les larmes viennent toute seules, pourtant j’essaye de limiter les impacts et les vibrations.
Mon égo en prend un coup aussi. Deux semaines que je randonnais en tête et là, je ferme le rang.
Heureusement que Régis (et Orléane) m’a tenue compagnie tout le long, sa présence permanente à mes côtés était vraiment rassurante.
Vers 14h, c’est la délivrance après une dernière grande montée d’escaliers. Bien sûr, ce serait trop facile sinon.
Avec le van, Jérôme nous conduit chez l’ami Jean-Raymond pour récupérer nos bagages. Une bonne heure de route avec lacets.
De là, direction Saint Gilles, côté plages, 1h30 de route.
À l’arrivée au Motel Ti Fleur (Excelsa Alamanda), changement de décor : palmiers, piscine, hausse des températures, route plate, pas de cailloux.
On s’enregistre juste avant 17h, heure limite pour consommer notre verre de bienvenue. On fonce donc direct au bar. On ne se fond pas trop dans le décor parmi les touristes plagistes…
Je commande un jus de fruits passion et une poche de glace.
On papote assis sur l’herbe avant de rejoindre nos chambres pour la douche. On retrouve l’eau chaude instantanée et la pression !
Pas bcp plus de place dans la chambre en revanche. Il faut bien calculer les angles morts dans la salle de bain.
On se rejoint dans le hall à 18h30 pour nous rendre au restaurant réservé par Jérôme avant qu’il nous quitte, La Marmite.
Bon, c’est clairement l’adresse à touristes avec buffet à volonté. Très décevant. Heureusement, le dîner est presque sauvé avec un moelleux chocolat en dessert.
Pour le retour, le groupe veut longer la plage. On n’y voit rien et on retrouve des cailloux, bref.
On termine la soirée devant la piscine avec un nightcap pour certains et une poche de glace pour moi.
Deux gars du groupe prévoient d’aller courir demain matin. Exactement ce que j’avais prévu de faire avant la blessure…
















Distance parcourue : 11km
Distance totale Piton de la Fournaise : 30,20 km
Total du total : 149,59 km, 10103 m D+ cumulés – une grande partie de notre trajet a emprunté l’itinéraire de la Diagonale des fous, quelle idée de courir là-dedans ?!
Jour 14 :
C’est notre dernier jour !
Après une bonne nuit réparatrice, je vais prendre un yaourt au buffet petit-déjeuner. On n’en n’a pas mangé depuis notre arrivée – les produits laitiers sont chers ici – ça m’a trop manqué !
Ensuite, il faut faire passer la journée puisque je suis forcée au repos avec mon tibia qui joue toujours des siennes.
Régis a écumé les alentours en quête d’une pharmacie pour des anti inflammatoires mais aujourd’hui est un jour férié, il fait chou blanc. Je me contente donc de Doliprane et de Voltaren.
On se trouve un spot tranquille à l’hôtel, pas du tout exploité. Et on profite des palmiers, du soleil et du silence.
Bon an mal an, le temps passe entre lecture, podcasts, mojito pour Régis, poches de glace pour moi.
À 16h30, notre taxi est pile à l’heure pour nous ramener à l’aéroport Roland Garros de St Denis. Notre point de départ 15 jours plus tôt, une éternité.
Et là commence le grand voyage retour. Attendre le vol de 19h55, voler pendant 11h, arriver à Paris CDG à 5h30 du matin et attendre le TGV de 9h45. Le tout entrecoupé de plateaux repas, de films sur petit écran et de somnolences.
À Nantes, un grand soleil nous attend (pour une fois), au revoir l’île de la Réunion !



